Parution dans le soir ( internet )
Lettre ouverte au Parlement et au Ministre de la Justice

mardi 07 août 2012, 17:19
Patricia Lefranc

Monsieur Le Ministre de la Justice, Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

C'est en tant que victime vivante que je prends aujourd'hui la plume pour à nouveau faire entendre la voix du peuple, de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui ne peuvent tolérer l'intolérable.

Que se passe-t-il aujourd'hui ? Que de questions, que d'incompréhensions ! Aujourd'hui nous crions à la honte. Oui, Mesdames, Messieurs, il est honteux de savoir Michèle Martin dehors. Qui seront les suivants à respirer librement l'air frais loin de leur prison ? Dutroux ? Janssens ? Et dans quelques temps Richard Remes ? Certes, les lois sont les lois et une libération anticipée est aujourd'hui possible, si ce n'est automatique. Mais les lois sont entre vos mains. C'est à vous, porte-paroles des citoyens qu'il ressort de rétablir une véritable justice. En général, les victimes des meurtriers ne sont pas présentes dans les cours d'assises et c'est aux familles de faire entendre la voix de leurs disparus.

Pour ma part, la situation est différente. Je suis une victime vivante dont le visage mutilé raconte les souffrances. Tout au long de mon existence, je vivrai dans la douleur, tant physique que morale. Toute ma vie je devrai subir d'innombrables opérations pour tenter de réparer ma chair meurtrie. Imaginez-vous ce que je ressens à l'idée que l'homme qui a tenté de me tuer, que cet agresseur au comportement bestial sera bientôt dehors ? Car les lois sont les lois…

Alors aujourd'hui je vous dis, je vous hurle STOP ! Il est insupportable, pour moi comme pour beaucoup de mes concitoyens, d'imaginer que ces meurtriers puissent être à nouveau libres à la moitié de leur peine. Lors du procès de Richard Remes, douze jurés ont fait correctement leur travail, sans haine et en âme et conscience. Ils ont condamné mon agresseur à trente ans de prison. A quoi sert un jury populaire qui détermine d'une peine et de sa durée s'il s'agit de réduire les peines dans les faits ? Autour de moi, j'entends les gens parler. Beaucoup disent qu'il est facile de tuer. Que la peine encourue sera de toute manière de courte durée. Vous, Ministre et Parlementaires, voulez-vous d'un pays où les crimes crapuleux seront monnaie courante ? Voulez-vous que les citoyens blessés qui ne croient plus au respect de l'entièreté des peines se fassent justice eux-mêmes ? C'est ce qui va arriver si vous ne bougez pas.

Mesdames, Messieurs, il est de votre responsabilité humaine et politique de changer aujourd'hui le cours de l'histoire. Il est en votre pouvoir de mettre en place une véritable application des peines incompressibles pour que notre futur soit plus serein. Je vous demande aujourd'hui instamment d'écouter ma voix, d'écouter notre voix et d'agir. Faites aujourd'hui en sorte que les peines de prison soient véritablement incompressibles. Il en va de la paix et du respect d'une véritable justice. Les citoyens que je représente et moi-même vous remercions d'avance.